J'entrais dans le métro sans penser à rien
de particulier et, quand la rame
arriva, m'affalais sur un strapontin. C'était
une journée comme les autres.
Je venais de rater deux UV de sociologie et de psycho et
avais fait
l'impasse sur celles de math et de géopolitique. Il
ne me restait plus qu'à
bûcher pour rattraper le coup dans la semaine.
Deux stations plus loin, comme d'habitude, le wagon
se remplit subitement
jusqu'à la gueule et comme d'habitude, je restais
assis. Mon journal
déployé, j'occupais pratiquement deux places. Une grosse
dame vint se mettre
à côté de moi et resta debout, me forçant ainsi à me coller
contre la porte.
Mon journal réduit à la taille d'un livre de poche,
je me plongeais dans un
article concernant les derniers spectacles d'une chanteuse
noire-américaine
que j'adorais et oubliais le reste.
Un mouvement en face de moi me fit lever la tête. Une fille
d'une vingtaine
d'année s'était faufilée dans la foule et était
venue se placer juste devant
moi. Elle me regardait avec une lueur intense dans les yeux
qui me troubla
inexplicablement, puis elle tourna son visage vers la vitre
pour contempler
les parois du tunnel qui défilait à l'extérieur. Elle
avait un petit air
mutin qui lui ajoutait quelques années et de longs cheveux
noirs
descendaient dans son dos jusqu'à sa taille. Elle portait
une jupe plissée
rouge avec des motifs écossais, style kilt qui lui allait
à ravir avec un
chemisier blanc des plus mignon.
La station suivante était très fréquentée et la rame chargea
un important
contingent de bureaucrate sur le retour. La pression de
la foule s'accentua
et la fille fut poussée encore plus près de moi. Son parfum
vint chatouiller
mes narines et il me fut subitement impossible de me concentrer
sur
l'article que je lisais. Je ne rangeais néanmoins pas
mon journal dans
l'espoir de pouvoir à nouveau reprendre ma lecture.
Mais elle était vraiment
très proche. Son pubis faisait un léger renflement sur sa
jupe de coton
plissé et je devinais le galbe musclé de ses cuisses dans
les fronces
souples du tissu. Dans cette rame, elle était la seule personne
que je
gênais et ne changea pas de place quand mes genoux entrèrent
accidentellement en contact avec sa jambe.
Elle me regarda comme si de rien n'était mais je devinais
à la lueur qui
venait de s'allumer dans sa pupille que ce contact
fortuit induisait quelque
chose dans son esprit. Puis elle confirma cette impression
en utilisant une
secousse du métro comme prétexte pour approcher encore,
et sa cuisse toucha
mon journal et la main qui le tenait.
Je crus défaillir. En un instant, le monde n'exista
plus. Il n'y avait que
cette jupe qui caressait mes phalanges et la chaleur de
sa jambe que je
sentais au travers. Encore incrédule, j'appuyais le
dos de main légèrement
mais de façon ostensible contre l'arrondi de sa cuisse.
Elle répondit en
avançant encore un peu son bassin vers mon visage. Je retins
l'impulsion
irraisonnée de poser mes lèvres sur la forme bombée que
j'avais maintenant à
seulement quelques centimètres. Un effluve chaud à peine
perceptible vint
chambouler mon cerveau en ébullition et je regrettais soudain
le manque
d'intimité.
La rame était maintenant vraiment bondée et une autre vague
d'usagers la
poussa encore plus près. Son genou appuya exactement sur
le levier de mon
désir et se laissa aller à un mouvement de balancier qui
me mit au supplice.
Cette fois elle sentit très exactement ce que moi je ressentais.
Je levais
la tête et croisais son regard. Ses yeux grands ouverts
crachaient des
flammes et son expression de sensualité animale me fit presque
plus d'effet
que son contact. Caché par le journal, je fis glisser ma
main jusqu'au bord
de sa jupe et la glissa dessous. Mon cœur battait la chamade
et je retenais
ma respiration de peur de dissiper le rêve fantasmagorique
que j'étais en
train de vivre.
Le nylon fin d'un collant gainait sa jambe ferme et
chaude. Elle n'eut pas
un tremblement mais s'appuya sur mon entrejambe et
pivota de façon à ce que
personne ne puisse voir ce qu'il se passait. Je devinais
du bout des doigts
le genou et poussais timidement vers le haut. La crispation
nerveuse de sa
cuisse me signifia que j'allais trop lentement et j'accélérais
mon
exploration.
À mi-cuisse, ce que je croyais être un collant s'interrompait
et laissait
libre la texture soyeuse de la peau. Je m'électrocutais
à cette tension
particulière du désir qui reste à fleur de peau, puis montais
encore. La
culotte. Malgré le trajet déjà parcouru, je n'osais
m'aventurer plus loin.
C'était comme une frontière et même mon imagination
ne m'avait jamais emmené
jusque là. Alors que je me trouvais en pleine confusion,
la fille pivota
sèchement et je me retrouvais soudain avec la totalité de
son sexe dans la
paume. Je n'avais plus de choix ni de problème de conscience
à résoudre. Il
vibrait comme mue par une énergie propre et je sentais une
humidité chaude
transpercer le satin. Son mouvement m'avait coincé
la main entre la barre de
métal qu'il y a à côté de chaque porte et la dureté
de son pubis. Je ne
pouvais plus bouger, puis elle s'écarta de quelques
millimètres.
Maintenant dans un état proche de la transe extatique, je
passais mes doigts
entre l'élastique et la peau et découvris une fine
fourrure d'une
intolérable douceur. Les poils denses et bouclés se concentraient
en un
triangle parfait que je longeais du bas vers le haut. Son
bassin eut une
imperceptible oscillation qui me prouva qu'elle appréciait
pleinement le
massage que je lui prodiguais. Elle avait très légèrement
ouvert les cuisses
pour me faciliter le passage et très doucement, trop pour
elle mais elle
laissa faire, j'écartais les portes délicates, puis
lissais à trois doigts
cette vallée verticale et luxuriante jusqu'au petit
mont qui la terminait et
qui s'était brutalement durci. Le doigt du milieu explora
comme par
inadvertance l'orifice accueillant et ressortit couvert
de miel naturel.
J'avais l'envie folle de le sentir et de goûter
ce suc de consentement, mais
craignais d'interrompre la magie de ce moment. Les
deux autres doigts
caressaient et revenaient parallèlement de chaque côté,
entre les vagues
gonflées et frémissantes. Ce va et vient qui m'hypnotisait
moi-même produit
l'effet escompté et la jeune femme se crispa sous la
montée orgasmique,
emprisonnant mes doigts dans un étau volcanique.
Soudain, elle ne fut plus là. Un court instant, mon esprit
était passé dans
un autre espace temps et elle avait disparu. La grosse dame
qui, elle, était
toujours là, me regardait avec étonnement. Je pris conscience
que mon visage
devait porter des stigmates peu usités dans le métro et
me frottais la
figure comme pour effacer le trouble qui ne m'avait
pas quitté. Mal m'en
prit, car lorsque mes doigts coupables furent à hauteur
de mon sens
olfactif, leur parfum m'affola davantage et, à ma grande
honte, je ne pus
m'empêcher d'offrir à mes papilles gustatives
ce qu'elles s'étaient vues
refuser une première fois. Je fus obligé de laisser passer
ma station et
quelques autres afin que mon désir ne soit plus visible,
pour pouvoir enfin
me lever et traverser cette foule inconsciente d'avoir
été témoin d'une
déflagration sensuelle.
Après avoir repris le métro en sens inverse, je retournais
à la chambre de
bonne que j'occupais dans le 16ème arrondissement.
J'avais une vue de côté
sur la Seine et de l'autre sur les escaliers qui montaient
à la station de
métro. Le dit métro passait juste en dessous de ma fenêtre
et j'entendais
son vrombissement jusqu'à une heure du matin tous les
jours.
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