TITRE : Alice et le chibre magique
Catégorie : 
Histoire dans des lieux insolites

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Au réveil du matin était la bosse, le midi, le soir, la nuit, à chaque instant : aussi. L'érection le poursuivait comme une malédiction et à ce dérangement ostensible, peu de palliatifs. Pour camoufler la protubérance indélicate, il se plaquait la verge sur le pubis, la comprimait à l'aide d'un bas nylon, portait des pantalons bouffants et d'amples chemises. Encore l'aurait-il eu d'une taille ordinaire, mais l'extrémité de son sexe se dressait malencontreusement jusqu'au-dessus du nombril et son diamètre lui donnait la sensation d'être doté d'un troisième avant-bras au moignon turgescent. C'était une curiosité, une bête de foire, une Xcroissance, un menhir, un gourdin, un magnum, un phallus... bref, c'était un pauvre type aliéné par un membre démesuré qui laissait penser que... que quoi au juste ? Lui n'avait rien fait pour déclencher le processus et son anomalie était subitement apparue deux ans auparavant...
      À la terrasse d'une brasserie, armé d'un feutre rouge, il parcourait un magazine d'actualité soulignant les émissions un brin fantaisistes du programme télé. Sa lecture achevée, il constata qu'il bandait, ni plus ni moins, pas de quoi s'alarmer. Comme il possédait, et depuis toujours, un organe volumineux, il préféra attendre que ce débordement libidineux s'apaise. Il patienta une bonne demi-heure. Rien. Décidément, pour que sa bite conserve la distance aussi longtemps il devait tenir une sacré forme !... Au bout d'une heure, il commençait à se morfondre tout en songeant aux avantages qu'il pourrait tirer de cette aptitude singulière. Finalement, il dut poireauter jusqu'au soir, profitant de la pénombre pour s'éclipser discrètement. Il ne savait plus quoi penser et n'aurait pu imaginer le tour que prendrait l'affaire.
      Intriguée puis émoustillée par cette faculté insolite, son épouse prit beaucoup de plaisir à essayer d'y mettre un terme car après chaque orgasme, la verge se redressait fermement. L'idée d'une utilisation illimitée de ce sexe proéminent aurait pu séduire la jeune femme mais il s'avéra que cette bandaison excessive ne traduisait aucune envie et son mari la baisait avec nonchalance. Autre détail qui ruina leur mariage ; lorsqu'il éjaculait, notre bandard expulsait frénétiquement un bon demi-litre qui inondait le tréfonds de sa partenaire jusqu'aux ovaires et lui détrempait les cuisses. Longtemps après leurs ébats, le lit abondamment souillé conservait une odeur de sperme rance et la puanteur les obligeait à coucher dans le salon. Une fois même, sa vigoureuse semence macula les murs jusqu'au plafond. Cet incident se produisit fréquemment par la suite, surtout après la séparation du couple.
      Le divorce prononcé, il retapissa la chambre et changea la moquette avant de mettre l'appartement en vente. Quant à son épouse devenue "ex", bien qu'ayant toujours pris la pilule, elle se fit avorter.

     
      Le calvaire de cet homme ne s'arrêta pas au célibat forcé. Il fut aussi obligé de trouver un nouvel emploi...
      Professeur de philosophie dans une institution catholique située en Zone d'Éducation Favorisée, il lui devint de plus en plus difficile de se dérober aux regards perspicaces de ses élèves, fraîches adolescentes en chemisier blanc et à la jupe écossaise. Au beau milieu d'un cours sur le thème de la contemplation introspective dans l'œuvre de Kierkegaard, la compresse en nylon cassa net et la fragile ceinture de son pantalon ne résista pas à la pression du gigantesque phallus. Malgré un prodigieux réflexe qui lui permit de retenir son velours d'une main, il dut gagner rapidement l'estrade pour se réfugier derrière son pupitre. Nos oies blanches occupées à bavarder, à consulter l'horoscope, à dessiner, à rêvasser, ne prêtèrent aucune attention aux gestes désordonnés de leur professeur saisi par la peur et la pudeur. Incapable de dominer son angoisse, celui-ci poursuivit son exposé de manière chaotique. Pourtant un miracle s'était produit : nulle n'avait remarqué sa déconvenue...
      Quoique ?... Dans toute classe, il faut un mouton noir, une insoumise, une personnalité extravagante qui croit encore que l'école est un lieu d'épanouissement et de culture, bref, une bonne élève, une vicieuse quoi ! Celle-ci se prénommait Bérangère ; elle observait depuis plus d'une heure le pédagogue avec respect et attention, essayant de faire sienne la pensée opaque de Søren Kierkegaard. Au détour d'une remarque sur les sensations de plénitude et de sérénité que provoquaient les paysages nordiques – paravent d'une activité tellurique débordante... à l'égal de l'âme humaine ? – Bérangère eut un aperçu des choses de la nature tout autre et c'est une superbe pine jaillissant d'un pantalon en velours côtelé qui s'offrit à ses yeux. Bien que l'enseignant se remonta la culotte avec une rapidité déconcertante, la vision fugace du membre rayonnant de vitalité, semblable à un magnifique sucre d'orge exposé sur l'étal du confiseur, impressionna durablement la jeune fille et détruisit à jamais ce qui lui restait d'innocence. Frappée par l'originalité de la situation et l'apathie de ses camarades, elle se demanda si son imagination ne l'avait pas trahie ; puis elle constata que le professeur restait vissé sur sa chaise, se cramponnant au bureau comme un naufragé à son radeau.
      La situation aurait pu lui paraître comique mais l'attachement qu'elle vouait au corps enseignant ne supportait aucune contradiction et son cœur s'emplit d'une profonde tendresse pour le malheureux pédagogue. Elle n'oubliait pas cependant le surprenant outillage et l'apparition d'un pénis perturbait énormément sa concentration. Ses pensées quittèrent les douces étendues de la péninsule danoise pour explorer des univers plus fantasques et tumultueux. Au souvenir de l'organe tout à la fois magistral et génital, elle commença à échafauder des scénarii toujours plus cohérents, réalistes, réels !... Peu à peu, sa fantaisie lui suggéra des pratiques d'une crudité violente : léchage, pompage, morsures, griffures, étouffement, déglutition, fessée, empalement, déchirure..., sans oublier les instruments adéquats : cuir, latex, martinet, godemiché, menottes, carottes et bâillon... Étonnant non ? pour une fille élevée dans la crainte de Dieu qui gardera l'hymen jusqu'aux noces... Encore que ? L'amour du Christ avec sa couronne d'épines, ses poignets percés et son corps stigmatisé est un sentiment propice à de multiples déviances.
      Mais les heures passent. Le cours s'achève. Les lycéennes rangent leurs affaires et laissent leur professeur tétanisé par son indisposition phallique. Fermement retranché derrière son bureau tel un artilleur français à l'abri d'une ligne Maginot, il fait face à Bérangère... mais cette dernière n'a pas la moindre intention de suivre ses camarades. Emportée par une inspiration vagabonde, sa position à elle vire progressivement à l'idolâtrie. Elle le tient son christ souffrant le martyre, cloué sur son siège par une sublime érection. Il est à elle. C'est son jouet, son supplicié, sa chose...

     – Monsieur, aujourd'hui vous avez abordé un sujet difficile et je n'ai pas tout compris.
     – ...
     – J'aimerais éclaircir certaines choses qui me sont apparues, disons... de manière fugitive et que vous n'avez pas développé, alors que j'ai l'impression que ce genre d'argument est original et judicieux... solide... avec une bonne taille.
     [ Innocente ! ]
     – ...
     – Si vous permettez, je voudrais étudier la chose de plus près...

     Et Bérangère, les yeux soudain éclairés d'une lueur salace, la poitrine bombée sous la fine étoffe déformée par les pointes gonflées, trop dures, presque minérales de ses mamelons, le bas du ventre chaud, fluide, doucement gagné par le stupre, Bérangère donc, se dirigea vers l'objet de sa convoitise.

     – Écoutez mademoiselle, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Je pense avoir été suffisamment clair dans ma présentation.
     – Oh oui ! très clair ! reprit Bérangère déjà toute proche... déjà là :
     – Inutile de finasser Monsieur le professeur, si vous ne me montrez pas votre bite, celle que vous avez sortie devant tout le monde tout à l'heure, je cours porter plainte pour harcèlement... sexuel évidemment vu les proportions de la chose.

      Convaincu par la justesse du raisonnement, Monsieur le professeur se soumit à la volonté de sa meilleure élève ("fayotte" ou "lèche-cul" comme disent les mômes). Elle n'eut pas trop à chercher pour découvrir le membre congestionné, enfin libéré de son carcan synthétique. Elle le jaugea, apprécia sa raideur, sa consistance, parcourut son système sanguin, le gonflement de la veine centrale, des ramifications, caressa le gland si chauve, si lisse, soupesa les testicules, les fit rouler entre les doigts et se releva.

     – Comment ça marche ?
     – ...
     – C'est dur... C'est tout le temps dur ?... Angélique dit que si on caresse très fort une queue, on fait jouir le propriétaire... Tu veux jouir ? – elle le fixait intensément – Maintenant ?... Tu veux ?
     – Ferme d'abord la salle, s'il te plaît... Voici la clef.

     Tout au long de l'examen de son appareil génital, l'enseignant avait pris le temps de réfléchir à la forme que pourrait prendre cette nouvelle donne pédagogique. Sans nouvelle des ex-copines de son ex-femme depuis des mois, handicapé par un dérèglement hormonal persistant (dixit le diagnostique du toubib), il ne lui déplaisait pas de se soulager la trique un moment.
      Après avoir condamné la porte et confisqué la clef, l'ingénue s'agenouilla face au maître et entreprit un mouvement de va-et-vient à l'aide des deux mains. Cette prise lui permettait d'enserrer l'épaisse tige et de varier les plaisirs : en jouant des paumes à la manière des rouleurs de havanes ou bien en faisant coulisser la verge comme un piston. Au bout de dix minutes, mademoiselle poussa un soupir...

     – C'est bien fatigant et ça creuse. Je meurs de soif !
     – Tu n'as qu'à te servir mon enfant.
     – Hein ?... Avec quoi ?
     – Vois-tu, si tu m'astiques la queue et que tu me suces en même temps, je vais très vite décharger un liquide savoureux. Comme ça, tu pourras te régaler.
     – Oui mais par où ?... par où ça va couler ?
     – Très simple... par la fente située à l'extrémité du gland. Ici.
     – Aaah ouaih !... C'est comme quand on trait une chèvre sauf que ça met plus de temps à venir.
     – C'est ça.

      Bérangère reprit son ouvrage. Elle passa du mode manuel à la méthode buccale avec beaucoup d'application. Au début, elle lapait toute la longueur de la verge à petit coup rapide, puis elle suçota, mordillant ça et là, jusqu'à ce que son professeur lui fit remarquer que l'endroit le plus sensible et le mieux approprié se situait au niveau du gland. Sans hésitation, elle le goba, l'aspira de ses lèvres et concentra toute son attention sur le délicat couvre-chef au goût acidulé. Ses efforts semblaient donner beaucoup de plaisir à son partenaire... Tant et si bien qu'en deux temps, trois mouvements, le pédagogue libéra sa semence et récompensa abondamment la persévérance de l'élève.
      Techniquement, on énonce que "l'apprenant a fait l'acquisition d'un nouveau schème sensori-moteur (elle suce) ; grâce à l'apprentissage par tâtonnement, Bérangère vient de construire d'elle-même un savoir-faire qu'elle reproduira pour chaque exercice du même type". On vous l'avez bien dit, l'école est le plus court chemin vers l'émancipation jubilatoire... elle libère la main de l'homme !
      Mais revenons au résultat appréciable de cette longue manipulation : un litre de liqueur poisseuse expulsé à grands jets sur le mobilier scolaire, les murs, le tableau noir et, bien entendu, sur Bérangère jetée à terre par la violence de l'averse séminale. La malheureuse était trempée de la tête aux pieds, proprement liquéfiée. Son bon maître trouva des serviettes, des torchons et même un sèche-cheveux dans le débarras réservé à l'administration. Ils passèrent le reste de l'après-midi à éponger, essorer, nettoyer ; lui, la salle de cours, elle, sa tenue de petite fille modèle, ses cheveux visqueux et les verres chaulés de ses lunettes.
      Après une telle entrée en matière, leur relation se précisa. La docile Bérangère pompait quotidiennement son professeur de philosophie, à poil, la tête couverte par une bâche pour contenir les flots de sperme et respecter la solennelle propreté d'un lieu ordinairement consacré au savoir et à la culture.
      La vie s'écoulait joyeusement. Le tandem maître-élève s'accomplissait dans la luxure, notamment depuis la découverte du plaisir clitoridien : les doux passages buccaux à la base de la toison pubienne, le long de l'entrecuisse... et finir par aspirer le bouton érectile jusqu'à l'orgasme. La jeune fille s'épanouissait. Elle portait en permanence les marques du ravissement et ses camarades s'interrogeaient sur l'origine de cette félicité.
      Puis un jour, la femme de ménage qui possédait un double des clefs entra au mauvais moment, celui ou Bérangère prenait une douche de foutre au pommeau de la verge professorale. Cette femme respectable et vertueuse resta plantée sur le seuil de la classe, incapable d'exprimer sa répugnance ou son embarras. Lorsque la bâche se souleva laissant échapper une ultime projection de sperme, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, elle se raidit et tomba dans les pommes.
      M. Lacrampe – appelons-le ainsi – perdit son titre de fonctionnaire, définitivement rayé des listes d'aptitude diocésaines. Honnie par sa famille, Bérangère fut envoyée dans une institution suisse tenue par des religieuses franciscaines. Dans cette antique bâtisse coupée du monde, sans eau chaude ni électricité, le pieux Kierkegaard faisait figure d'épicurien à la sensualité exacerbée.

     
      Lacrampe chercha donc un emploi plus adéquat et se dirigea vers un secteur où il n'aurait pas à affronter l'opprobre et la concupiscence, un travail de nuit, celui de la surveillance des sites industriels et immobiliers. Ça ou garde forestier, gardien de phare, artiste maudit, webmaster, le choix était limité. Évidemment, il avait pensé à exploiter sa libido hors norme et tourné deux films pornographiques ; mais il trouvait les scènes fastidieuses et n'aimer pas s'exhiber devant une caméra. Il ne supportait pas non plus de devoir se plier à la volonté d'un réalisateur tout émoustillé par les bénéfices juteux que représentait cette pâte humaine corvéable à merci.
      Notre homme ne tarda pas à trouver une situation stable, un contrat à durée indéterminé dans un parking de la proche banlieue parisienne. Pour échapper à l'ennui, il relisait ses classiques préférés : saint Augustin, Spinoza, Rahner et parfois de la littérature franchement profane : Schopenhauer ou Husserl... quant aux œuvres narratives, si ce n'est Proust, elles lui paraissaient inconsistantes et terriblement ennuyeuses. Pour briser le silence oppressant de la nuit, il avait adopter la même attitude et sa minichaîne hi-fi diffusait des mélodies aux accents liturgiques : chants grégoriens, Te Deum, requiem divers. Dans ce climat de recueillement, le temps s'écoulait nuit après nuit, semaine après semaine, été-automne-hiver.
      Les températures remontaient et les nuits s'écourtaient lorsqu'il remarqua pour la première fois ses allées et venues. Elle arrivait vers onze heures ou minuit, se garait invariablement à proximité de l'escalier "F", s'y engouffrait d'un pas alerte et disparaissait. Une ombre dans la nuit. Grâce aux caméras de surveillance, Lacrampe suivait attentivement son trajet du volant de la petite cylindrée jusqu'à sa sortie du parking. Des cheveux longs, épais, couleur d'ébène encadraient un visage que l'on devinait harmonieux. Emportée par sa précipitation, la gabardine difforme se soulevait et faisait ressortir une allure tout à la fois vive et gracieuse, virevoltante ; sa magnifique chevelure ondulait, entraînée par le rythme saccadé de la course. Dans son habitacle, le gardien des lieux applaudissait la prestation. Le passage à l'écran de cette créature inaccessible et magnifiée durait à peine quelques secondes, mais ce court instant suffisait à remplir de bonheur les journées de l'agent de sécurité Lacrampe.
      1m 66 pour 55 kg et un bon mètre de tour de poitrine, Alice complexait ; ses mensurations extravagantes lui avaient fait connaître de nombreuses déconvenues. Remarquable danseuse, elle avait du abandonner le répertoire classique dès l'âge de treize ans. À l'époque, les adultes évitaient d'aborder ouvertement un sujet aussi épineux et le rendez-vous avec la directrice du conservatoire fut pris dans la plus grande discrétion, sans même en informer Alice. À l'issue de cet entretien, la mère croisa sa fille dans les couloirs de l'institut et lui lança un regard douloureux où se lisait la perplexité et le dégoût. Cette réaction d'hostilité fit prendre conscience à la jeune fille des limites de l'attachement maternel et attisa la fronde adolescente.
      Par la suite, ses rapports avec les garçons se révélèrent tout aussi problématiques. Elle savait pertinemment ce qui les attirait et au besoin comment les séduire mais ils ne restaient jamais longtemps. Après avoir largement exploré chaque centimètre carré de son imposante poitrine, soupesé à deux mains chacun des seins pour vérifier l'ampleur du phénomène, après avoir baladé et présenté cette preuve vivante de leur virilité conquérante, bref, après avoir affirmé leur titre de propriété sur un concentré de fantasmes, un être prodigieux, insolite, féerique... après ?... RIEN : le vide... Et lorsque la jeune fille évoquait son quotidien, ses contrariétés, ses envies ou pire encore, un projet en commun, son petit ami du moment la regardait avec incrédulité. Prenant brutalement conscience de la trivialité du propos qui le replongeait dans la fadeur de l'existence, il prenait la fuite persuadé de s'être fait gruger par les apparences.
      Mais le malheur d'Alice serait resté inachevé si ses parents ne lui avaient transmis un patronyme qui lui compliquait singulièrement la vie : "Gorge". Ce nom déclenchait l'hilarité de ses collègues de travail qui ne s'embarrassaient pas pour l'envisager à l'aune de son excroissance mammaire : "Boum-Boum, ça balance !", "Hello Miss pare-chocs", "Salut Robert", "Chaud devant !", et plus classiquement : "Des pics, des caps, des péninsules !". On lui offrit même des dessous trop larges pour son anniversaire. Gênée, elle fit mine d'ignorer cette nouvelle taquinerie et remercia ses collègues. De toute façon, depuis qu'elle avait giflé sa meilleure amie venue lui apporter son "soutien" au premier jour des épreuves du baccalauréat, elle ne se formalisait plus pour un mot ou un geste déplacés.
     Pourtant, Alice ne s'aventurait jamais à découvert. Chaque soir, elle quittait son bureau, au siège d'une société d'import-export, couverte d'un large tweed miteux qu'elle fermait soigneusement jusqu'au dernier bouton afin de gommer ses formes rebondies et décourager les amateurs de bizarreries érotiques. Elle rendait ensuite visite à sa mère dans une résidence pour "seniors" et passait la soirée en sa compagnie. Tard dans la nuit, lorsqu'elle se garait dans l'immense parking, à deux pas du RER et proche de la cité Paul Vaillant-Couturier dont l'orthographe jalonnait les articles sur l'immigration et la violence urbaine, un sentiment d'inquiétude venait contrarier la jeune femme. Sans même reboutonner son manteau, elle filait à toute allure vers la sortie puis rentrait chez elle au plus vite. Elle n'avait jamais remarqué la présence des caméras et ignorait la tendre dévotion dont elle faisait l'objet...
      Tous deux victimes d'une surproduction hormonale qui les avait affligés de particularités physiques propres à déclencher les divagations sexuelles les plus débridées, Mlle Gorge et M. Lacrampe devaient fatalement conjuguer leurs destinées. Envisager un autre épilogue serait absurde. Mais poursuivons...
      Lacrampe n'était pas homme à se satisfaire de la contemplation énamourée d'une vision nocturne et sa rencontre avec l'envoyée de cupidon ne dut rien au hasard. Il imagina mille et une façons de parvenir à ses fins et opta pour la simplicité. Voici l'astucieuse mise en scène que l'agent de surveillance élabora et réalisa sans la moindre anicroche.
      Lorsque Alice empoigna la barre d'ouverture au-dessus de laquelle figurait la lettre "F", tous les néons du parking s'éteignirent. Elle acheva son geste en poussant la barre une première fois, puis avec les deux mains, une troisième fois en s'arc-boutant, elle augmenta la pression, s'obstina, s'éreinta... rien ! La porte résistait. Paniquée, elle se tourna pour faire face aux ténèbres et inspira une grande bouffée d'air. Une fois sa respiration apaisée, elle se laissa glisser le long du revêtement d'acier et s'installa à même le sol.

     Du calme ma petite, c'est pas ta faute...
     C'est pas ma faute si la lumière est coupée.
     O.K., la porte est bloquée, c'est sans issue...
     Mais, c'est incroyable !... Comment ? Comment ça a pu arriver ? Tout en même temps ?

     Plus elle réfléchissait et moins la situation lui était compréhensible.
      Venant de la rampe d'accès réservée aux véhicules, elle aperçut alors le faisceau d'une lampe torche. Celle de... de... devinez qui ?... Lacrampe évidemment !... Parvenu à une distance raisonnable de sa proie, il lui braqua sa lampe en pleine face.

     – Bonsoir m'dame ! Ça va ? Pas trop d'gêne ?
     – Qui... qui vous êtes vous ?
     – Moi ? Ben moi j'suis l'veilleur m'dame, le veilleur de nuit.
     – Bien... trrès bien. Voilà, je suis coincée ici. Les lumières se sont éteintes. La porte est coincée. Et... je veux rentrer chez moi.
     – Pas d'problèmm. Restez ici. J'vais essayer d'réparer ça.
     – Attendez ! Vous allez pas m'laisser ici ! Pas comme ça ! Emmenez-moi au jour... S'il vous plaît !
     – Ah ça, j'ai bien peur que ça, ça soye pas possible m'dame. Y'a une panne dans tout l'parking. Et quand y'a pus d'courant, tout' les issues sont fermées. C'est comme ça, c'est la sécurité. Faut pas s'affoler... Y faut vérifier tout' l'installation. Ça va prendre du temps. Et le temps que l'technicien arrive, y'en a pour deux heures au moins.
     – Deux heures !
     – Oui mais j'compte pas l'temps d'réparer.
     – Mais vous allez pas me laisser là tout d'même !
     – Eh bien, c'est qu' j'ai pas l'droit de faire rentrer quelqu'un dans la cabine. J'peux être renvoyé m'dame. Et c'est pas vous qu'allez m'trouver une aut' place.
     – Écoutez ! J'ai mal au dos et je veux pas rester tout' seule. Emmenez-moi !
     – ...
     – Je vous l'jure ! Je ne dirais rien ! On va attendre tranquillement dans votre cabine et quand ça sera réparé, je rentrerai chez moi. C'est simple non ?
     – Oui, on peut voir ça com' ça. Et puis, j'peux vous fair' goûter un bon café... Tenez ! Prenez mon bras, j'vais vous guider... [ Ben voyons ! ]

      De cette nuit Lacrampe n'improvisa pas le plus petit geste. Après des semaines de réflexions, de calculs, de tergiversations, il avait absolument tout planifié, à commencer par l'élément essentiel du dispositif, son membre raide qu'il avait pris soin de ne pas emmailloter. Ce qui avait séduit une élève studieuse et disciplinée devait pouvoir se reproduire avec une simple comptable désorientée par une succession d'évènements inopinés.
      Alice remarqua vite à quel point la base de l'uniforme du veilleur était tendue, droit devant, sous l'action d'une formidable pression. Son amant, un employé sans relief (sic !) qui ne lui offrait que des cinq à sept purement fonctionnels, s'en trouvait discrédité. Elle venait de faire la découverte d'un bel instrument de jeu et de plaisir.
      Une lumière crue baignait le poste de surveillance alimenté par un générateur. Rassurée, la belle ôta sa gabardine afin de dévoiler une plastique à la proue tout aussi opulente que celle de son futur partenaire. Le gardien observa un temps d'arrêt devant cet étalage prometteur. Il était temps d'attaquer les derniers mouvements de sa composition pour triangle d'or et flûte enchantée.
      Après avoir marqué une pause café, Mlle Gorge se proposa comme de bien entendu pour nettoyer le récipient de la cafetière et laver les gobelets en aluminium. L'opération terminée, elle se montra incapable de juguler l'arrivée d'eau froide. Même tourné à fond, le robinet continuait à couler avec la même intensité.

     – J'y arrive pas, c'est coincé.
     – Coincé ? C'est quoi l'problème ?
     – Là ! Vous voyez ! On peut plus fermer le robinet, c'est coincé !
     – Ah ! ça !... Ça m'dame ! Ça, ça arrive tout l'temps. Faut pas vous inquiéter. Tenez, j'vais vous montrer... J'vais vous montrer s'qui faut faire. Y'a une combine, c'est pas compliqué... Donnez-moi vot' main, j'vais vous montrer... Regardez. La mécanique est montée d'travers... Là ! vous sentez... Y faut l'fermer à l'envers, dans l'aut' sens. Comme ça.... Vous voyez ! maintenant c'est fini. L'eau, ê coule plus.

      Ce que Alice éprouvait surtout, c'était la sensation d'être prise en étau, le sexe plaqué contre l'évier et le postérieur pressé par le chibre de Lacrampe. Et voilà que le mufle lui caressait le bras maintenant !... l'épaule, le cou ; l'autre main remontait de la taille jusqu'au sein. C'était suave et fruste, électrique, incendiaire, envoûtant. Elle ferma les yeux à la recherche de l'émoi extatique.
      Le vigile, lui, s'activait fiévreusement. Ses paluches glissées sous le pull angora de la jeune femme, il pétrissait l'énorme poitrine, titillant les mamelons ovoïdes par-delà les bonnets de soie. Ses lèvres et sa langue s'abîmèrent dans un fougueux baiser avant de se précipiter vers un espace plus dépouillé, plus lisse, plus charnu...
      La jupe rabattue et la culotte à terre, Alice se faisait reluire le cul dans une cabine de vidéosurveillance, seule observation que la jeune femme soit encore capable de formuler clairement et qui dictait son abandon. La cyprine inondait progressivement son vagin où Lacrampe venait d'introduire l'index, lui chatouillant les lèvres à petits coups de langue. Puis, attiré par l'odeur puissante et musquée du petit trou, il lui débarbouilla la rondelle. Sa victime se cambra et lâcha une première plainte. Phase finale du scénario mis au point par le veilleur de nuit, celui-ci se releva et présenta son membre compact à l'entrée de la vulve baignée de désir. Il n'y introduisit que le gland et commença à exécuter un mouvement circulaire du bassin, une danse lascive et entraînante. Alice haletait, gémissait, se contorsionnait. Brutalement, le vigile l'enferra jusqu'à la garde et la suppliciée laissa échapper un râle bestial. Son bourreau enchaîna par un va-et-vient précipité qu'il prolongea adroitement pour adopter le mouvement dit "du pilonnage à percussion centrale".
      Cette furieuse saillie stimula leurs sens jusqu'à l'extase. Alice fut la première à succomber au plaisir, secouée par un spasme violent. Peu après, Lacrampe se retira et entreprit d'éjaculer copieusement sur sa complice. La jeune femme s'étonna du déluge lorsqu'elle sentit sa croupe et son dos ruisseler du foutre qui lui traversait le pull. Elle se tourna pour se dévêtir et reçut une dernière giclée sur la poitrine. Le rire succéda à la surprise. Elle n'avait jamais connu un homme capable de produire une telle quantité de sperme et trouvait ce phénomène orgasmique irrésistiblement drôle. L'amusement d'Alice rassura Lacrampe qui reprit aussitôt sa position originelle ; celle du phare bravant la mer, de l'obélisque dressée sur la Concorde, du point sur le "i", du soldat au garde-à-vous, de la girafe au long cou. Bref, si cette vénus ogivale n'était pas effrayée par la puissance de sa libido, de nouvelles perspectives érotiques s'esquissaient sous la forme de fabuleuses joutes sexuelles...

      Mais le dénouement de cette aventure nocturne prit un aspect plus ordinaire. Lacrampe s'inventa un passé prolétarien et adopta un accent rustique ponctué de "m'dame" pour garder sa crédibilité intacte. Mlle Gorge opta pour le nom d'Alice Lacrampe et multiplia les grossesses non désirées.
      Autrement dit : ils vécurent ensemble et vieillirent heureux comme dans toutes les belles histoires.

 

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