|
Au réveil du matin était la bosse, le midi,
le soir, la nuit, à chaque instant : aussi. L'érection le
poursuivait comme une malédiction et à ce dérangement ostensible,
peu de palliatifs. Pour camoufler la protubérance indélicate,
il se plaquait la verge sur le pubis, la comprimait à l'aide
d'un bas nylon, portait des pantalons bouffants et d'amples
chemises. Encore l'aurait-il eu d'une taille ordinaire,
mais l'extrémité de son sexe se dressait malencontreusement
jusqu'au-dessus du nombril et son diamètre lui donnait la
sensation d'être doté d'un troisième avant-bras au moignon
turgescent. C'était une curiosité, une bête de foire, une
Xcroissance, un menhir, un gourdin, un magnum, un phallus...
bref, c'était un pauvre type aliéné par un membre démesuré
qui laissait penser que... que quoi au juste ? Lui n'avait
rien fait pour déclencher le processus et son anomalie était
subitement apparue deux ans auparavant...
À la terrasse d'une brasserie,
armé d'un feutre rouge, il parcourait un magazine d'actualité
soulignant les émissions un brin fantaisistes du programme
télé. Sa lecture achevée, il constata qu'il bandait, ni
plus ni moins, pas de quoi s'alarmer. Comme il possédait,
et depuis toujours, un organe volumineux, il préféra attendre
que ce débordement libidineux s'apaise. Il patienta une
bonne demi-heure. Rien. Décidément, pour que sa bite conserve
la distance aussi longtemps il devait tenir une sacré forme
!... Au bout d'une heure, il commençait à se morfondre tout
en songeant aux avantages qu'il pourrait tirer de cette
aptitude singulière. Finalement, il dut poireauter jusqu'au
soir, profitant de la pénombre pour s'éclipser discrètement.
Il ne savait plus quoi penser et n'aurait pu imaginer le
tour que prendrait l'affaire.
Intriguée puis émoustillée
par cette faculté insolite, son épouse prit beaucoup de
plaisir à essayer d'y mettre un terme car après chaque orgasme,
la verge se redressait fermement. L'idée d'une utilisation
illimitée de ce sexe proéminent aurait pu séduire la jeune
femme mais il s'avéra que cette bandaison excessive ne traduisait
aucune envie et son mari la baisait avec nonchalance. Autre
détail qui ruina leur mariage ; lorsqu'il éjaculait, notre
bandard expulsait frénétiquement un bon demi-litre qui inondait
le tréfonds de sa partenaire jusqu'aux ovaires et lui détrempait
les cuisses. Longtemps après leurs ébats, le lit abondamment
souillé conservait une odeur de sperme rance et la puanteur
les obligeait à coucher dans le salon. Une fois même, sa
vigoureuse semence macula les murs jusqu'au plafond. Cet
incident se produisit fréquemment par la suite, surtout
après la séparation du couple.
Le divorce prononcé, il retapissa
la chambre et changea la moquette avant de mettre l'appartement
en vente. Quant à son épouse devenue "ex", bien
qu'ayant toujours pris la pilule, elle se fit avorter.
Le calvaire de cet homme
ne s'arrêta pas au célibat forcé. Il fut aussi obligé de
trouver un nouvel emploi...
Professeur de philosophie
dans une institution catholique située en Zone d'Éducation
Favorisée, il lui devint de plus en plus difficile de se
dérober aux regards perspicaces de ses élèves, fraîches
adolescentes en chemisier blanc et à la jupe écossaise.
Au beau milieu d'un cours sur le thème de la contemplation
introspective dans l'œuvre de Kierkegaard, la compresse
en nylon cassa net et la fragile ceinture de son pantalon
ne résista pas à la pression du gigantesque phallus. Malgré
un prodigieux réflexe qui lui permit de retenir son velours
d'une main, il dut gagner rapidement l'estrade pour se réfugier
derrière son pupitre. Nos oies blanches occupées à bavarder,
à consulter l'horoscope, à dessiner, à rêvasser, ne prêtèrent
aucune attention aux gestes désordonnés de leur professeur
saisi par la peur et la pudeur. Incapable de dominer son
angoisse, celui-ci poursuivit son exposé de manière chaotique.
Pourtant un miracle s'était produit : nulle n'avait remarqué
sa déconvenue...
Quoique ?... Dans toute classe,
il faut un mouton noir, une insoumise, une personnalité
extravagante qui croit encore que l'école est un lieu d'épanouissement
et de culture, bref, une bonne élève, une vicieuse quoi
! Celle-ci se prénommait Bérangère ; elle observait depuis
plus d'une heure le pédagogue avec respect et attention,
essayant de faire sienne la pensée opaque de Søren Kierkegaard.
Au détour d'une remarque sur les sensations de plénitude
et de sérénité que provoquaient les paysages nordiques –
paravent d'une activité tellurique débordante... à l'égal
de l'âme humaine ? – Bérangère eut un aperçu des choses
de la nature tout autre et c'est une superbe pine jaillissant
d'un pantalon en velours côtelé qui s'offrit à ses yeux.
Bien que l'enseignant se remonta la culotte avec une rapidité
déconcertante, la vision fugace du membre rayonnant de vitalité,
semblable à un magnifique sucre d'orge exposé sur l'étal
du confiseur, impressionna durablement la jeune fille et
détruisit à jamais ce qui lui restait d'innocence. Frappée
par l'originalité de la situation et l'apathie de ses camarades,
elle se demanda si son imagination ne l'avait pas trahie
; puis elle constata que le professeur restait vissé sur
sa chaise, se cramponnant au bureau comme un naufragé à
son radeau.
La situation aurait pu lui
paraître comique mais l'attachement qu'elle vouait au corps
enseignant ne supportait aucune contradiction et son cœur
s'emplit d'une profonde tendresse pour le malheureux pédagogue.
Elle n'oubliait pas cependant le surprenant outillage et
l'apparition d'un pénis perturbait énormément sa concentration.
Ses pensées quittèrent les douces étendues de la péninsule
danoise pour explorer des univers plus fantasques et tumultueux.
Au souvenir de l'organe tout à la fois magistral et génital,
elle commença à échafauder des scénarii toujours plus cohérents,
réalistes, réels !... Peu à peu, sa fantaisie lui suggéra
des pratiques d'une crudité violente : léchage, pompage,
morsures, griffures, étouffement, déglutition, fessée, empalement,
déchirure..., sans oublier les instruments adéquats : cuir,
latex, martinet, godemiché, menottes, carottes et bâillon...
Étonnant non ? pour une fille élevée dans la crainte de
Dieu qui gardera l'hymen jusqu'aux noces... Encore que ?
L'amour du Christ avec sa couronne d'épines, ses poignets
percés et son corps stigmatisé est un sentiment propice
à de multiples déviances.
Mais les heures passent.
Le cours s'achève. Les lycéennes rangent leurs affaires
et laissent leur professeur tétanisé par son indisposition
phallique. Fermement retranché derrière son bureau tel un
artilleur français à l'abri d'une ligne Maginot, il fait
face à Bérangère... mais cette dernière n'a pas la moindre
intention de suivre ses camarades. Emportée par une inspiration
vagabonde, sa position à elle vire progressivement à l'idolâtrie.
Elle le tient son christ souffrant le martyre, cloué sur
son siège par une sublime érection. Il est à elle. C'est
son jouet, son supplicié, sa chose...
– Monsieur, aujourd'hui vous
avez abordé un sujet difficile et je n'ai pas tout compris.
– ...
– J'aimerais éclaircir certaines
choses qui me sont apparues, disons... de manière fugitive
et que vous n'avez pas développé, alors que j'ai l'impression
que ce genre d'argument est original et judicieux... solide...
avec une bonne taille.
[ Innocente ! ]
– ...
– Si vous permettez, je voudrais
étudier la chose de plus près...
Et Bérangère, les yeux soudain
éclairés d'une lueur salace, la poitrine bombée sous la
fine étoffe déformée par les pointes gonflées, trop dures,
presque minérales de ses mamelons, le bas du ventre chaud,
fluide, doucement gagné par le stupre, Bérangère donc, se
dirigea vers l'objet de sa convoitise.
– Écoutez mademoiselle, je
ne vois pas de quoi vous voulez parler. Je pense avoir été
suffisamment clair dans ma présentation.
– Oh oui ! très clair ! reprit
Bérangère déjà toute proche... déjà là :
– Inutile de finasser Monsieur
le professeur, si vous ne me montrez pas votre bite, celle
que vous avez sortie devant tout le monde tout à l'heure,
je cours porter plainte pour harcèlement... sexuel évidemment
vu les proportions de la chose.
Convaincu par la justesse
du raisonnement, Monsieur le professeur se soumit à la volonté
de sa meilleure élève ("fayotte" ou "lèche-cul"
comme disent les mômes). Elle n'eut pas trop à chercher
pour découvrir le membre congestionné, enfin libéré de son
carcan synthétique. Elle le jaugea, apprécia sa raideur,
sa consistance, parcourut son système sanguin, le gonflement
de la veine centrale, des ramifications, caressa le gland
si chauve, si lisse, soupesa les testicules, les fit rouler
entre les doigts et se releva.
– Comment ça marche ?
– ...
– C'est dur... C'est tout
le temps dur ?... Angélique dit que si on caresse très fort
une queue, on fait jouir le propriétaire... Tu veux jouir
? – elle le fixait intensément – Maintenant ?... Tu veux
?
– Ferme d'abord la salle,
s'il te plaît... Voici la clef.
Tout au long de l'examen
de son appareil génital, l'enseignant avait pris le temps
de réfléchir à la forme que pourrait prendre cette nouvelle
donne pédagogique. Sans nouvelle des ex-copines de son ex-femme
depuis des mois, handicapé par un dérèglement hormonal persistant
(dixit le diagnostique du toubib), il ne lui déplaisait
pas de se soulager la trique un moment.
Après avoir condamné la porte
et confisqué la clef, l'ingénue s'agenouilla face au maître
et entreprit un mouvement de va-et-vient à l'aide des deux
mains. Cette prise lui permettait d'enserrer l'épaisse tige
et de varier les plaisirs : en jouant des paumes à la manière
des rouleurs de havanes ou bien en faisant coulisser la
verge comme un piston. Au bout de dix minutes, mademoiselle
poussa un soupir...
– C'est bien fatigant et
ça creuse. Je meurs de soif !
– Tu n'as qu'à te servir mon
enfant.
– Hein ?... Avec quoi ?
– Vois-tu, si tu m'astiques
la queue et que tu me suces en même temps, je vais très
vite décharger un liquide savoureux. Comme ça, tu pourras
te régaler.
– Oui mais par où ?... par
où ça va couler ?
– Très simple... par la fente
située à l'extrémité du gland. Ici.
– Aaah ouaih !... C'est comme
quand on trait une chèvre sauf que ça met plus de temps
à venir.
– C'est ça.
Bérangère reprit son ouvrage.
Elle passa du mode manuel à la méthode buccale avec beaucoup
d'application. Au début, elle lapait toute la longueur de
la verge à petit coup rapide, puis elle suçota, mordillant
ça et là, jusqu'à ce que son professeur lui fit remarquer
que l'endroit le plus sensible et le mieux approprié se
situait au niveau du gland. Sans hésitation, elle le goba,
l'aspira de ses lèvres et concentra toute son attention
sur le délicat couvre-chef au goût acidulé. Ses efforts
semblaient donner beaucoup de plaisir à son partenaire...
Tant et si bien qu'en deux temps, trois mouvements, le pédagogue
libéra sa semence et récompensa abondamment la persévérance
de l'élève.
Techniquement, on énonce
que "l'apprenant a fait l'acquisition d'un nouveau
schème sensori-moteur (elle suce) ; grâce à l'apprentissage
par tâtonnement, Bérangère vient de construire d'elle-même
un savoir-faire qu'elle reproduira pour chaque exercice
du même type". On vous l'avez bien dit, l'école est
le plus court chemin vers l'émancipation jubilatoire...
elle libère la main de l'homme !
Mais revenons au résultat
appréciable de cette longue manipulation : un litre de liqueur
poisseuse expulsé à grands jets sur le mobilier scolaire,
les murs, le tableau noir et, bien entendu, sur Bérangère
jetée à terre par la violence de l'averse séminale. La malheureuse
était trempée de la tête aux pieds, proprement liquéfiée.
Son bon maître trouva des serviettes, des torchons et même
un sèche-cheveux dans le débarras réservé à l'administration.
Ils passèrent le reste de l'après-midi à éponger, essorer,
nettoyer ; lui, la salle de cours, elle, sa tenue de petite
fille modèle, ses cheveux visqueux et les verres chaulés
de ses lunettes.
Après une telle entrée en
matière, leur relation se précisa. La docile Bérangère pompait
quotidiennement son professeur de philosophie, à poil, la
tête couverte par une bâche pour contenir les flots de sperme
et respecter la solennelle propreté d'un lieu ordinairement
consacré au savoir et à la culture.
La vie s'écoulait joyeusement.
Le tandem maître-élève s'accomplissait dans la luxure, notamment
depuis la découverte du plaisir clitoridien : les doux passages
buccaux à la base de la toison pubienne, le long de l'entrecuisse...
et finir par aspirer le bouton érectile jusqu'à l'orgasme.
La jeune fille s'épanouissait. Elle portait en permanence
les marques du ravissement et ses camarades s'interrogeaient
sur l'origine de cette félicité.
Puis un jour, la femme de
ménage qui possédait un double des clefs entra au mauvais
moment, celui ou Bérangère prenait une douche de foutre
au pommeau de la verge professorale. Cette femme respectable
et vertueuse resta plantée sur le seuil de la classe, incapable
d'exprimer sa répugnance ou son embarras. Lorsque la bâche
se souleva laissant échapper une ultime projection de sperme,
la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, elle se raidit
et tomba dans les pommes.
M. Lacrampe – appelons-le
ainsi – perdit son titre de fonctionnaire, définitivement
rayé des listes d'aptitude diocésaines. Honnie par sa famille,
Bérangère fut envoyée dans une institution suisse tenue
par des religieuses franciscaines. Dans cette antique bâtisse
coupée du monde, sans eau chaude ni électricité, le pieux
Kierkegaard faisait figure d'épicurien à la sensualité exacerbée.
Lacrampe chercha donc un
emploi plus adéquat et se dirigea vers un secteur où il
n'aurait pas à affronter l'opprobre et la concupiscence,
un travail de nuit, celui de la surveillance des sites industriels
et immobiliers. Ça ou garde forestier, gardien de phare,
artiste maudit, webmaster, le choix était limité. Évidemment,
il avait pensé à exploiter sa libido hors norme et tourné
deux films pornographiques ; mais il trouvait les scènes
fastidieuses et n'aimer pas s'exhiber devant une caméra.
Il ne supportait pas non plus de devoir se plier à la volonté
d'un réalisateur tout émoustillé par les bénéfices juteux
que représentait cette pâte humaine corvéable à merci.
Notre homme ne tarda pas
à trouver une situation stable, un contrat à durée indéterminé
dans un parking de la proche banlieue parisienne. Pour échapper
à l'ennui, il relisait ses classiques préférés : saint Augustin,
Spinoza, Rahner et parfois de la littérature franchement
profane : Schopenhauer ou Husserl... quant aux œuvres narratives,
si ce n'est Proust, elles lui paraissaient inconsistantes
et terriblement ennuyeuses. Pour briser le silence oppressant
de la nuit, il avait adopter la même attitude et sa minichaîne
hi-fi diffusait des mélodies aux accents liturgiques : chants
grégoriens, Te Deum, requiem divers. Dans ce climat de recueillement,
le temps s'écoulait nuit après nuit, semaine après semaine,
été-automne-hiver.
Les températures remontaient
et les nuits s'écourtaient lorsqu'il remarqua pour la première
fois ses allées et venues. Elle arrivait vers onze heures
ou minuit, se garait invariablement à proximité de l'escalier
"F", s'y engouffrait d'un pas alerte et disparaissait.
Une ombre dans la nuit. Grâce aux caméras de surveillance,
Lacrampe suivait attentivement son trajet du volant de la
petite cylindrée jusqu'à sa sortie du parking. Des cheveux
longs, épais, couleur d'ébène encadraient un visage que
l'on devinait harmonieux. Emportée par sa précipitation,
la gabardine difforme se soulevait et faisait ressortir
une allure tout à la fois vive et gracieuse, virevoltante
; sa magnifique chevelure ondulait, entraînée par le rythme
saccadé de la course. Dans son habitacle, le gardien des
lieux applaudissait la prestation. Le passage à l'écran
de cette créature inaccessible et magnifiée durait à peine
quelques secondes, mais ce court instant suffisait à remplir
de bonheur les journées de l'agent de sécurité Lacrampe.
1m 66 pour 55 kg et un bon
mètre de tour de poitrine, Alice complexait ; ses mensurations
extravagantes lui avaient fait connaître de nombreuses déconvenues.
Remarquable danseuse, elle avait du abandonner le répertoire
classique dès l'âge de treize ans. À l'époque, les adultes
évitaient d'aborder ouvertement un sujet aussi épineux et
le rendez-vous avec la directrice du conservatoire fut pris
dans la plus grande discrétion, sans même en informer Alice.
À l'issue de cet entretien, la mère croisa sa fille dans
les couloirs de l'institut et lui lança un regard douloureux
où se lisait la perplexité et le dégoût. Cette réaction
d'hostilité fit prendre conscience à la jeune fille des
limites de l'attachement maternel et attisa la fronde adolescente.
Par la suite, ses rapports
avec les garçons se révélèrent tout aussi problématiques.
Elle savait pertinemment ce qui les attirait et au besoin
comment les séduire mais ils ne restaient jamais longtemps.
Après avoir largement exploré chaque centimètre carré de
son imposante poitrine, soupesé à deux mains chacun des
seins pour vérifier l'ampleur du phénomène, après avoir
baladé et présenté cette preuve vivante de leur virilité
conquérante, bref, après avoir affirmé leur titre de propriété
sur un concentré de fantasmes, un être prodigieux, insolite,
féerique... après ?... RIEN : le vide... Et lorsque la jeune
fille évoquait son quotidien, ses contrariétés, ses envies
ou pire encore, un projet en commun, son petit ami du moment
la regardait avec incrédulité. Prenant brutalement conscience
de la trivialité du propos qui le replongeait dans la fadeur
de l'existence, il prenait la fuite persuadé de s'être fait
gruger par les apparences.
Mais le malheur d'Alice serait
resté inachevé si ses parents ne lui avaient transmis un
patronyme qui lui compliquait singulièrement la vie : "Gorge".
Ce nom déclenchait l'hilarité de ses collègues de travail
qui ne s'embarrassaient pas pour l'envisager à l'aune de
son excroissance mammaire : "Boum-Boum, ça balance
!", "Hello Miss pare-chocs", "Salut
Robert", "Chaud devant !", et plus classiquement
: "Des pics, des caps, des péninsules !". On lui
offrit même des dessous trop larges pour son anniversaire.
Gênée, elle fit mine d'ignorer cette nouvelle taquinerie
et remercia ses collègues. De toute façon, depuis qu'elle
avait giflé sa meilleure amie venue lui apporter son "soutien"
au premier jour des épreuves du baccalauréat, elle ne se
formalisait plus pour un mot ou un geste déplacés.
Pourtant, Alice ne s'aventurait
jamais à découvert. Chaque soir, elle quittait son bureau,
au siège d'une société d'import-export, couverte d'un large
tweed miteux qu'elle fermait soigneusement jusqu'au dernier
bouton afin de gommer ses formes rebondies et décourager
les amateurs de bizarreries érotiques. Elle rendait ensuite
visite à sa mère dans une résidence pour "seniors"
et passait la soirée en sa compagnie. Tard dans la nuit,
lorsqu'elle se garait dans l'immense parking, à deux pas
du RER et proche de la cité Paul Vaillant-Couturier dont
l'orthographe jalonnait les articles sur l'immigration et
la violence urbaine, un sentiment d'inquiétude venait contrarier
la jeune femme. Sans même reboutonner son manteau, elle
filait à toute allure vers la sortie puis rentrait chez
elle au plus vite. Elle n'avait jamais remarqué la présence
des caméras et ignorait la tendre dévotion dont elle faisait
l'objet...
Tous deux victimes d'une
surproduction hormonale qui les avait affligés de particularités
physiques propres à déclencher les divagations sexuelles
les plus débridées, Mlle Gorge et M. Lacrampe devaient fatalement
conjuguer leurs destinées. Envisager un autre épilogue serait
absurde. Mais poursuivons...
Lacrampe n'était pas homme
à se satisfaire de la contemplation énamourée d'une vision
nocturne et sa rencontre avec l'envoyée de cupidon ne dut
rien au hasard. Il imagina mille et une façons de parvenir
à ses fins et opta pour la simplicité. Voici l'astucieuse
mise en scène que l'agent de surveillance élabora et réalisa
sans la moindre anicroche.
Lorsque Alice empoigna la
barre d'ouverture au-dessus de laquelle figurait la lettre
"F", tous les néons du parking s'éteignirent.
Elle acheva son geste en poussant la barre une première
fois, puis avec les deux mains, une troisième fois en s'arc-boutant,
elle augmenta la pression, s'obstina, s'éreinta... rien
! La porte résistait. Paniquée, elle se tourna pour faire
face aux ténèbres et inspira une grande bouffée d'air. Une
fois sa respiration apaisée, elle se laissa glisser le long
du revêtement d'acier et s'installa à même le sol.
Du calme ma petite, c'est
pas ta faute...
C'est pas ma faute si la lumière
est coupée.
O.K., la porte est bloquée,
c'est sans issue...
Mais, c'est incroyable !...
Comment ? Comment ça a pu arriver ? Tout en même temps ?
Plus elle réfléchissait et
moins la situation lui était compréhensible.
Venant de la rampe d'accès
réservée aux véhicules, elle aperçut alors le faisceau d'une
lampe torche. Celle de... de... devinez qui ?... Lacrampe
évidemment !... Parvenu à une distance raisonnable de sa
proie, il lui braqua sa lampe en pleine face.
– Bonsoir m'dame ! Ça va
? Pas trop d'gêne ?
– Qui... qui vous êtes vous
?
– Moi ? Ben moi j'suis l'veilleur
m'dame, le veilleur de nuit.
– Bien... trrès bien. Voilà,
je suis coincée ici. Les lumières se sont éteintes. La porte
est coincée. Et... je veux rentrer chez moi.
– Pas d'problèmm. Restez ici.
J'vais essayer d'réparer ça.
– Attendez ! Vous allez pas
m'laisser ici ! Pas comme ça ! Emmenez-moi au jour... S'il
vous plaît !
– Ah ça, j'ai bien peur que
ça, ça soye pas possible m'dame. Y'a une panne dans tout
l'parking. Et quand y'a pus d'courant, tout' les issues
sont fermées. C'est comme ça, c'est la sécurité. Faut pas
s'affoler... Y faut vérifier tout' l'installation. Ça va
prendre du temps. Et le temps que l'technicien arrive, y'en
a pour deux heures au moins.
– Deux heures !
– Oui mais j'compte pas l'temps
d'réparer.
– Mais vous allez pas me laisser
là tout d'même !
– Eh bien, c'est qu' j'ai
pas l'droit de faire rentrer quelqu'un dans la cabine. J'peux
être renvoyé m'dame. Et c'est pas vous qu'allez m'trouver
une aut' place.
– Écoutez ! J'ai mal au dos
et je veux pas rester tout' seule. Emmenez-moi !
– ...
– Je vous l'jure ! Je ne dirais
rien ! On va attendre tranquillement dans votre cabine et
quand ça sera réparé, je rentrerai chez moi. C'est simple
non ?
– Oui, on peut voir ça com'
ça. Et puis, j'peux vous fair' goûter un bon café... Tenez
! Prenez mon bras, j'vais vous guider... [ Ben voyons !
]
De cette nuit Lacrampe n'improvisa
pas le plus petit geste. Après des semaines de réflexions,
de calculs, de tergiversations, il avait absolument tout
planifié, à commencer par l'élément essentiel du dispositif,
son membre raide qu'il avait pris soin de ne pas emmailloter.
Ce qui avait séduit une élève studieuse et disciplinée devait
pouvoir se reproduire avec une simple comptable désorientée
par une succession d'évènements inopinés.
Alice remarqua vite à quel
point la base de l'uniforme du veilleur était tendue, droit
devant, sous l'action d'une formidable pression. Son amant,
un employé sans relief (sic !) qui ne lui offrait que des
cinq à sept purement fonctionnels, s'en trouvait discrédité.
Elle venait de faire la découverte d'un bel instrument de
jeu et de plaisir.
Une lumière crue baignait
le poste de surveillance alimenté par un générateur. Rassurée,
la belle ôta sa gabardine afin de dévoiler une plastique
à la proue tout aussi opulente que celle de son futur partenaire.
Le gardien observa un temps d'arrêt devant cet étalage prometteur.
Il était temps d'attaquer les derniers mouvements de sa
composition pour triangle d'or et flûte enchantée.
Après avoir marqué une pause
café, Mlle Gorge se proposa comme de bien entendu pour nettoyer
le récipient de la cafetière et laver les gobelets en aluminium.
L'opération terminée, elle se montra incapable de juguler
l'arrivée d'eau froide. Même tourné à fond, le robinet continuait
à couler avec la même intensité.
– J'y arrive pas, c'est coincé.
– Coincé ? C'est quoi l'problème
?
– Là ! Vous voyez ! On peut
plus fermer le robinet, c'est coincé !
– Ah ! ça !... Ça m'dame !
Ça, ça arrive tout l'temps. Faut pas vous inquiéter. Tenez,
j'vais vous montrer... J'vais vous montrer s'qui faut faire.
Y'a une combine, c'est pas compliqué... Donnez-moi vot'
main, j'vais vous montrer... Regardez. La mécanique est
montée d'travers... Là ! vous sentez... Y faut l'fermer
à l'envers, dans l'aut' sens. Comme ça.... Vous voyez !
maintenant c'est fini. L'eau, ê coule plus.
Ce que Alice éprouvait surtout,
c'était la sensation d'être prise en étau, le sexe plaqué
contre l'évier et le postérieur pressé par le chibre de
Lacrampe. Et voilà que le mufle lui caressait le bras maintenant
!... l'épaule, le cou ; l'autre main remontait de la taille
jusqu'au sein. C'était suave et fruste, électrique, incendiaire,
envoûtant. Elle ferma les yeux à la recherche de l'émoi
extatique.
Le vigile, lui, s'activait
fiévreusement. Ses paluches glissées sous le pull angora
de la jeune femme, il pétrissait l'énorme poitrine, titillant
les mamelons ovoïdes par-delà les bonnets de soie. Ses lèvres
et sa langue s'abîmèrent dans un fougueux baiser avant de
se précipiter vers un espace plus dépouillé, plus lisse,
plus charnu...
La jupe rabattue et la culotte
à terre, Alice se faisait reluire le cul dans une cabine
de vidéosurveillance, seule observation que la jeune femme
soit encore capable de formuler clairement et qui dictait
son abandon. La cyprine inondait progressivement son vagin
où Lacrampe venait d'introduire l'index, lui chatouillant
les lèvres à petits coups de langue. Puis, attiré par l'odeur
puissante et musquée du petit trou, il lui débarbouilla
la rondelle. Sa victime se cambra et lâcha une première
plainte. Phase finale du scénario mis au point par le veilleur
de nuit, celui-ci se releva et présenta son membre compact
à l'entrée de la vulve baignée de désir. Il n'y introduisit
que le gland et commença à exécuter un mouvement circulaire
du bassin, une danse lascive et entraînante. Alice haletait,
gémissait, se contorsionnait. Brutalement, le vigile l'enferra
jusqu'à la garde et la suppliciée laissa échapper un râle
bestial. Son bourreau enchaîna par un va-et-vient précipité
qu'il prolongea adroitement pour adopter le mouvement dit
"du pilonnage à percussion centrale".
Cette furieuse saillie stimula
leurs sens jusqu'à l'extase. Alice fut la première à succomber
au plaisir, secouée par un spasme violent. Peu après, Lacrampe
se retira et entreprit d'éjaculer copieusement sur sa complice.
La jeune femme s'étonna du déluge lorsqu'elle sentit sa
croupe et son dos ruisseler du foutre qui lui traversait
le pull. Elle se tourna pour se dévêtir et reçut une dernière
giclée sur la poitrine. Le rire succéda à la surprise. Elle
n'avait jamais connu un homme capable de produire une telle
quantité de sperme et trouvait ce phénomène orgasmique irrésistiblement
drôle. L'amusement d'Alice rassura Lacrampe qui reprit aussitôt
sa position originelle ; celle du phare bravant la mer,
de l'obélisque dressée sur la Concorde, du point sur le
"i", du soldat au garde-à-vous, de la girafe au
long cou. Bref, si cette vénus ogivale n'était pas effrayée
par la puissance de sa libido, de nouvelles perspectives
érotiques s'esquissaient sous la forme de fabuleuses joutes
sexuelles...
Mais le dénouement de cette
aventure nocturne prit un aspect plus ordinaire. Lacrampe
s'inventa un passé prolétarien et adopta un accent rustique
ponctué de "m'dame" pour garder sa crédibilité
intacte. Mlle Gorge opta pour le nom d'Alice Lacrampe et
multiplia les grossesses non désirées.
Autrement dit : ils vécurent
ensemble et vieillirent heureux comme dans toutes les belles
histoires.
Auteur

|